La dette nationale est le montant total d'argent qu'un gouvernement doit à ses créanciers, résultant de l'accumulation des déficits budgétaires passés non compensés par des excédents. Elle est financée par l'émission de titres gouvernementaux tels que les obligations, billets et bons du Trésor, vendus à des investisseurs privés, institutionnels, étrangers et à des entités publiques comme la Réserve fédérale. Contrairement au déficit budgétaire, qui mesure l'écart annuel entre les dépenses et les recettes, la dette nationale représente le stock cumulé de toutes les dettes non remboursées. En février 2026, la dette nationale des États-Unis s'élevait à environ 38,56 billions de dollars, en grande partie alimentée par des déficits persistants, des dépenses obligatoires croissantes (comme Sécurité sociale et Medicare), des coûts d'intérêt en hausse et des réponses aux crises économiques comme la pandémie de COVID-19 [1]. La dette est souvent évaluée par rapport à la taille de l'économie à l'aide du ratio dette/PIB, un indicateur clé de la durabilité fiscale, qui dépassait 118 % du PIB américain en 2025. Elle est détenue à la fois par des créanciers nationaux (y compris des fonds publics comme le Fonds de sécurité sociale) et étrangers (notamment par le Japon et la Chine), ce qui soulève des questions sur la souveraineté monétaire et la dépendance aux marchés financiers internationaux. Des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) fournissent des cadres standardisés pour mesurer et comparer la dette à l'échelle mondiale [2]. Des niveaux élevés de dette peuvent avoir des conséquences économiques graves, notamment des taux d'intérêt plus élevés, une croissance économique ralentie, une pression accrue sur les finances publiques via les paiements d'intérêts, et un risque accru de crise fiscale. Des mécanismes comme la assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale influencent la gestion de la dette, mais posent des questions sur l'indépendance de la banque centrale. Enfin, la dette soulève des enjeux éthiques majeurs en matière de justice intergénérationnelle, car les générations futures peuvent hériter du fardeau financier des décisions budgétaires actuelles.

Définition et distinction entre dette nationale et déficit budgétaire

La dette nationale et le déficit budgétaire sont deux concepts économiques fondamentaux souvent confondus, mais qui désignent des réalités distinctes. Comprendre la différence entre ces deux notions est essentiel pour évaluer la santé fiscale d’un pays et les implications à long terme de ses politiques économiques.

Définition de la dette nationale

La dette nationale représente le montant total d’argent que le gouvernement d’un pays doit à ses créanciers. Il s’agit de la somme cumulative de tous les emprunts effectués par le gouvernement au fil du temps pour financer des dépenses excédant ses recettes. Cette dette est refinancée par l’émission de titres du Trésor, tels que des obligations, des billets et des bons du Trésor, vendus à des investisseurs privés, institutionnels, étrangers et à des entités publiques comme la Réserve fédérale [1]. En février 2026, la dette nationale des États-Unis s’élevait à environ 38,56 billions de dollars, reflétant des déficits budgétaires persistants et les intérêts accumulés sur la dette existante [4].

La dette nationale comprend deux composantes principales : la dette détenue par le public et la dette intragouvernementale. La première concerne les titres détenus par des investisseurs extérieurs au gouvernement, tandis que la seconde correspond aux obligations du Trésor détenues par des fonds publics, comme le Fonds de sécurité sociale. Bien que la dette intragouvernementale soit une dette interne, elle fait partie intégrante du stock total de la dette nationale [5].

Définition du déficit budgétaire

Le déficit budgétaire se produit lorsque les dépenses gouvernementales dépassent les recettes fiscales et autres revenus au cours d’un exercice budgétaire donné. Contrairement à la dette nationale, qui est un stock cumulé, le déficit est une variable de flux mesurée annuellement. Pour combler ce déficit, le gouvernement doit emprunter, ce qui contribue directement à l’augmentation de la dette nationale [6]. Par exemple, le déficit budgétaire fédéral des États-Unis s’est établi à environ 1,9 billion de dollars pour l’année fiscale 2024, signifiant que le gouvernement a dépensé 1,9 billion de dollars de plus que ce qu’il a perçu en recettes cette année-là [7].

{{Image|A government building with a large red arrow pointing down labeled "Budget Deficit" and a growing pile of money labeled "National Debt" in the background|Déficit budgétaire et dette nationale}

Principales différences entre dette et déficit

Bien que la dette nationale et le déficit budgétaire soient étroitement liés, ils diffèrent fondamentalement par leur nature, leur échéance et leur impact économique.

Caractéristique Déficit budgétaire Dette nationale
Définition Écart annuel entre les dépenses et les recettes Stock cumulé de tous les emprunts non remboursés
Périmètre temporel Mesuré chaque année (variable de flux) Mesuré à un instant donné (variable de stock)
Impact Détermine le montant à emprunter chaque année Représente l’obligation totale du gouvernement
Analogie Ajouter de l’argent à un solde de carte de crédit sur une année Solde total accumulé sur la carte de crédit au fil du temps

En termes simples, le déficit correspond à la somme empruntée chaque année, tandis que la dette représente le montant total non remboursé à une date donnée. Chaque année où un déficit est enregistré, la dette nationale augmente. À l’inverse, si le gouvernement enregistre un excédent budgétaire (recettes supérieures aux dépenses), il peut utiliser ce surplus pour rembourser une partie de la dette, réduisant ainsi le stock total [8].

Accumulation de la dette nationale

La dette nationale croît principalement lorsque les déficits budgétaires annuels ne sont pas compensés par des excédents. Chaque année, le gouvernement doit emprunter pour financer l’écart entre ses dépenses et ses recettes, ce qui ajoute à la dette existante. En plus des déficits, d’autres facteurs contribuent à l’accumulation de la dette, notamment les paiements d’intérêts sur la dette déjà contractée, qui augmentent le montant total dû au fil du temps [9]. Des événements économiques majeurs, comme la pandémie de COVID-19, ont également entraîné des hausses significatives des dépenses publiques et des emprunts, accélérant ainsi la croissance de la dette [5].

La distinction entre déficit et dette est cruciale pour comprendre les enjeux de durabilité fiscale. Un déficit annuel modéré peut être géré si l’économie croît suffisamment pour absorber la dette. En revanche, des déficits persistants entraînent une augmentation continue de la dette, ce qui peut compromettre la stabilité économique à long terme, alourdir les charges d’intérêt et limiter la capacité du gouvernement à répondre à de futures crises économiques.

Mesure et indicateurs de durabilité de la dette

La mesure de la dette nationale et l'évaluation de sa durabilité sont des éléments fondamentaux pour comprendre la santé financière d'un pays et sa capacité à honorer ses obligations futures. Ces indicateurs permettent non seulement de suivre l'évolution de la dette au fil du temps, mais aussi de comparer les situations fiscales entre différents pays et d'anticiper les risques économiques potentiels. Plusieurs métriques sont couramment utilisées, notamment le ratio dette/PIB, la dette détenue par le public, et les analyses de durabilité de la dette, qui fournissent une image complète de la situation financière d'un État.

Principaux indicateurs de mesure de la dette

Les gouvernements et les institutions internationales utilisent plusieurs indicateurs pour mesurer la dette nationale. Parmi les plus importants figurent la dette détenue par le public, la dette brute fédérale et la dette soumise à plafond. La dette détenue par le public représente la portion de la dette détenue par des investisseurs extérieurs au gouvernement, tels que des particuliers, des institutions financières, des fonds de pension, des banques centrales étrangères et des investisseurs étrangers [11]. Ce chiffre exclut les créances intergouvernementales, comme celles détenues par le Fonds de sécurité sociale ou d'autres fonds publics. En 2024, la dette détenue par le public aux États-Unis s'élevait à environ 28,2 billions de dollars, soit environ 98 % du PIB [11].

La dette brute fédérale, quant à elle, inclut à la fois la dette détenue par le public et les créances intergouvernementales. C'est donc une mesure plus large de l'ensemble des obligations du gouvernement. En février 2026, la dette brute des États-Unis atteignait environ 38,43 billions de dollars [13]. Enfin, la dette soumise à plafond fait référence au montant maximal de dette que le Congrès autorise le gouvernement à contracter, une limite fixée par la loi et sujette à débats politiques.

Le ratio dette/PIB comme indicateur clé de durabilité

L'un des indicateurs les plus utilisés pour évaluer la durabilité de la dette est le ratio dette/PIB, qui compare le montant total de la dette publique au produit intérieur brut (PIB) du pays. Ce ratio, exprimé en pourcentage, permet d'ajuster la dette à la taille de l'économie, facilitant ainsi les comparaisons internationales et historiques [14]. Un ratio élevé peut signaler une pression accrue sur les finances publiques, mais il doit être interprété en tenant compte du contexte économique, des taux d'intérêt et de la croissance potentielle.

En septembre 2025, la dette fédérale publique des États-Unis représentait environ 118,78 % du PIB, avec des projections indiquant qu'elle pourrait atteindre 126,80 % d'ici 2026 [15][16]. Pour la Japon, ce ratio est encore plus élevé, dépassant 230 % du PIB, ce qui en fait l'un des pays les plus endettés au monde [17]. Cependant, la capacité du Japon à maintenir un tel niveau de dette sans crise financière s'explique en partie par la forte proportion de sa dette détenue par des investisseurs domestiques, notamment la Banque du Japon, et par des taux d'intérêt historiquement bas [18].

Cadres d'analyse de la durabilité de la dette

Pour aller au-delà des simples ratios, les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) utilisent des analyses de durabilité de la dette (DSA) pour évaluer les trajectoires futures de la dette sous différents scénarios économiques et politiques [19]. Ces analyses prennent en compte des facteurs tels que le différentiel entre les taux d'intérêt et la croissance économique (r < g), les soldes budgétaires primaires (hors intérêts), et la structure de la dette (maturité, devise, composition des créanciers).

Le FMI a développé des cadres spécifiques pour les pays à faible revenu et pour les pays à accès aux marchés, intégrant des risques à court, moyen et long terme [20]. Ces cadres aident les décideurs à identifier les vulnérabilités potentielles et à concevoir des politiques de consolidation budgétaire adaptées. Par exemple, si le taux d'intérêt réel dépasse le taux de croissance du PIB (r > g), la dette a tendance à croître de manière explosive, ce qui augmente le risque de crise fiscale [21].

Seuils critiques et vulnérabilités économiques

Bien qu'il n'existe pas de seuil universel de durabilité, des études empiriques suggèrent que des niveaux de dette élevés peuvent nuire à la croissance économique. Pour les économies avancées, un seuil d'environ 85 % du PIB est souvent mentionné comme un point au-delà duquel la dette commence à freiner la croissance, bien que ce seuil varie selon les institutions et les contextes nationaux [22]. Le FMI souligne que des niveaux de dette proches ou supérieurs à 100 % du PIB augmentent le risque de crise fiscale, surtout si la croissance ralentit ou si les taux d'intérêt augmentent brusquement [23].

Pour les économies en développement, les seuils sont généralement plus bas, souvent autour de 50 à 60 % du PIB, en raison de marchés financiers moins profonds, de coûts d'emprunt plus élevés et d'une plus grande vulnérabilité aux chocs externes [24]. En 2024, 35 pays étaient classés comme étant à haut risque de détresse de la dette, notamment en raison de la montée des paiements d'intérêts et de la dépendance aux financements étrangers [25].

Rôles des institutions internationales dans la standardisation des mesures

Des organisations comme le FMI et l'OCDE jouent un rôle crucial dans la standardisation des mesures de la dette afin d'assurer la transparence et la comparabilité entre les pays. Le FMI publie des directives telles que le Government Finance Statistics Manual 2014 (GFSM 2014), qui définit des normes cohérentes pour la compilation et la présentation des données budgétaires [26]. L'OCDE, quant à elle, rapporte la dette générale du gouvernement en pourcentage du PIB, facilitant l'analyse comparative entre ses membres [27]. Ces cadres aident à renforcer la responsabilité fiscale et à promouvoir des politiques économiques durables à l'échelle mondiale.

Principaux facteurs d'accumulation de la dette nationale

L'accumulation de la dette nationale est le résultat d'une combinaison de déséquilibres budgétaires, de conditions économiques, de choix politiques et de tendances structurelles à long terme. Contrairement à une perception simpliste qui réduit la dette à une simple question de dépenses excessives, son évolution reflète des dynamiques complexes impliquant des interactions entre les recettes fiscales, les obligations de dépenses, les taux d'intérêt et les cycles économiques. Ces facteurs s'agrègent au fil du temps, entraînant une croissance continue du stock de dette non remboursée.

Déficits budgétaires et déséquilibres dépenses-recettes

Le moteur fondamental de l'accumulation de la dette est le déficit budgétaire, qui se produit lorsque les dépenses fédérales dépassent les recettes annuelles provenant des impôts et d'autres sources. Chaque année où un déficit est enregistré, le gouvernement doit emprunter pour combler l'écart, ce qui ajoute directement au total de la dette nationale. Par exemple, pour l'année fiscale 2024, le déficit budgétaire des États-Unis s'élevait à environ 1,8 billion de dollars, soit 6,4 % du PIB [28]. Ces déficits persistants, année après année, conduisent à une accumulation continue de la dette. Même si les déficits diminuent, la dette totale continue de croître tant que des excédents budgétaires (où les recettes dépassent les dépenses) ne sont pas réalisés de manière durable pour rembourser les obligations existantes [29].

Augmentation des dépenses obligatoires

Une part croissante des dépenses fédérales est consacrée à des programmes obligatoires, tels que Sécurité sociale, Medicare et Medicaid. Ces programmes, dont les dépenses sont déterminées par des critères d'admissibilité et d'utilisation, augmentent automatiquement sans nécessiter une action législative annuelle. L'évolution démographique, notamment le vieillissement de la population, et la hausse continue des coûts des soins de santé entraînent une augmentation inexorable de ces dépenses. Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que les dépenses liées à ces programmes de santé et à la retraite augmenteront substantiellement dans les décennies à venir, dépassant la croissance économique [30]. Cette pression structurelle sur le budget contribue de manière significative à la croissance de la dette à long terme.

Coûts croissants des intérêts sur la dette existante

À mesure que la dette nationale augmente, les paiements d'intérêts requis pour la financer s'accroissent également, créant un cercle vicieux. Les taux d'intérêt plus élevés et le niveau plus élevé de la dette ont fait grimper les coûts nets des intérêts. Le CBO prévoit que les paiements d'intérêts deviendront l'une des composantes de la dépense fédérale qui croît le plus rapidement dans les décennies à venir, exacerbant ainsi les déficits et l'accumulation de la dette [31]. En 2024, les paiements d'intérêts sur la dette nationale ont atteint environ 882 milliards de dollars, soit une augmentation de 86 % par rapport à 2022 [32]. Ces paiements croissants consomment une part de plus en plus importante des recettes fiscales, réduisant d'autant les fonds disponibles pour d'autres priorités publiques.

Politiques fiscales et fluctuations des recettes

Les réductions des recettes fiscales, notamment celles résultant de baisses d'impôts, contribuent également à l'accumulation de la dette en augmentant les déficits. Des décisions politiques prises depuis 2001, notamment des lois fiscales majeures, ont réduit les recettes fédérales par rapport à ce qu'elles auraient été sous la législation antérieure, contribuant à la détérioration des finances publiques [33]. Bien que les recettes devraient rester relativement stables en pourcentage du PIB, elles n'ont pas suivi la croissance des dépenses, creusant ainsi le fossé budgétaire. Environ 37 % de l'augmentation de la dette américaine depuis 2001 a été attribuée à de grandes baisses d'impôts [33].

Récessions économiques et chocs externes

Les récessions et autres chocs économiques, comme la pandémie de COVID-19, ont un impact profond sur la dette. Pendant une récession, les recettes fiscales diminuent en raison de la baisse des revenus, des bénéfices et de la consommation. En même temps, les dépenses augmentent souvent en raison de la demande accrue pour les programmes de filet de sécurité, comme les allocations de chômage et l'aide alimentaire. Ces effets contracycliques élargissent les déficits et accélèrent la croissance de la dette. Par exemple, la réponse à la pandémie a entraîné une augmentation significative des dépenses et des emprunts pour soutenir les individus et les entreprises [5]. Les réponses aux récessions ont représenté environ 28 % de l'augmentation de la dette américaine depuis 2001 [33].

Projections budgétaires à long terme et inaction politique

L'absence de mesures correctives face à ces tendances structurelles aggrave le problème. Si les politiques budgétaires actuelles restent inchangées, le CBO prévoit que la dette détenue par le public pourrait dépasser 200 % du PIB d'ici 2051, un niveau considéré comme insoutenable [37]. Le report des ajustements budgétaires, tels que la maîtrise des dépenses ou l'augmentation des recettes, augmente les risques économiques futurs et rend la gestion de la dette plus difficile. L'inaction politique prolongée sur les déséquilibres budgétaires structurels alimente une trajectoire de dette croissante qui menace la stabilité économique à long terme [38].

Structure de la détention de la dette nationale

La structure de la détention de la dette nationale reflète la diversité des créanciers auxquels un gouvernement emprunte pour financer ses déficits budgétaires. Aux États-Unis, la dette fédérale est détenue par un mélange d'entités publiques et privées, nationales et étrangères, chacune jouant un rôle distinct dans la stabilité et la liquidité des marchés obligataires. Cette répartition conditionne non seulement les conditions de refinancement, mais aussi les risques systémiques liés à la dépendance à l'égard de certains investisseurs. La dette est généralement divisée en deux grandes catégories : la dette détenue par le public et les créances intragouvernementales.

Dette détenue par le public

La dette détenue par le public représente la portion de la dette nationale détenue par des investisseurs extérieurs au gouvernement. Cette catégorie inclut des acteurs privés, institutionnels et étrangers qui achètent des titres du Trésor américain, tels que les obligations, billets et bons du Trésor. En 2024, cette composante s'élevait à environ 28,2 billions de dollars, soit environ 98 % du PIB américain [11]. Elle est considérée comme un indicateur clé de la pression exercée sur les marchés financiers, car elle reflète la confiance des investisseurs dans la solvabilité du gouvernement.

Parmi les détenteurs nationaux figurent des institutions financières telles que les fonds communs de placement, les caisses de retraite, les compagnies d'assurance et les banques, qui investissent dans les titres du Trésor pour leur sécurité et leur liquidité [40]. Des investisseurs privés, y compris des particuliers et des entreprises comme Berkshire Hathaway, détiennent également des quantités importantes de dette américaine [41]. Un acteur majeur est la Réserve fédérale, qui, en tant que banque centrale, détient près de 4,5 billions de dollars de titres du Trésor dans le cadre de ses opérations de politique monétaire, notamment l'assouplissement quantitatif [42]. Ces achats visent à maintenir les taux d'intérêt bas et à stimuler l'économie, mais soulèvent des questions sur l'indépendance de la banque centrale.

Créances intragouvernementales

Les créances intragouvernementales désignent la part de la dette nationale que le gouvernement américain se doit à lui-même, via des fonds publics et des comptes fiduciaires. En septembre 2025, ce montant s'élevait à environ 7,3 billions de dollars, soit près de 19,5 % de la dette totale [43]. Ces fonds proviennent principalement de surplus non dépensés par des programmes obligatoires tels que le Fonds de sécurité sociale, le fonds Medicare et les régimes de retraite fédéraux. Ces surplus sont réinvestis dans des titres du Trésor non négociables, servant de mécanisme comptable interne. Bien que ces créances n'affectent pas directement les marchés financiers, elles représentent des obligations futures du gouvernement envers ses propres agences, ce qui a des implications budgétaires à long terme.

Détenteurs étrangers de la dette

Les investisseurs étrangers détiennent une part significative de la dette publique américaine, environ 30 à 31 % du total [44]. En décembre 2024, les avoirs étrangers s'élevaient à environ 8,5 billions de dollars [45]. Les principaux détenteurs sont des gouvernements et des banques centrales, dont le Japon, la Chine et le Royaume-Uni. En décembre 2024, le Japon détenait environ 1,06 billion de dollars de titres du Trésor américain, en faisant le plus grand créancier étranger, suivi de la Chine avec environ 759 milliards de dollars [46]. Le Royaume-Uni détenait quant à lui environ 889 milliards de dollars [46]. D'autres pays comme le Luxembourg, le Canada et la Suisse figurent également parmi les détenteurs importants [48].

La dépendance à l'égard des créanciers étrangers soulève des questions de souveraineté monétaire et de vulnérabilité aux changements de sentiment des investisseurs internationaux. Une vente massive de titres par un grand détenteur pourrait théoriquement faire grimper les taux d'intérêt et perturber les marchés. Toutefois, la structure diversifiée de la détention, combinée à la profondeur et à la liquidité du marché américain des obligations, contribue à stabiliser la situation financière globale [44].

Répartition globale et implications

Au total, environ 80 % de la dette nationale américaine est détenue par le public (y compris les investisseurs nationaux et étrangers), tandis que les 20 % restants sont des créances intragouvernementales [50]. Cette répartition a des implications importantes pour la gestion de la dette. La forte proportion de titres détenus par des investisseurs nationaux, notamment la Réserve fédérale, permet au gouvernement de mieux contrôler les conditions de financement, mais peut aussi conduire à une forme de monétisation de la dette si la banque centrale devient trop dépendante du financement budgétaire [51]. En revanche, la présence de créanciers étrangers, bien qu'importante, est atténuée par la confiance persistante dans le dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale. L'ensemble de cette structure de détention illustre un équilibre délicat entre accessibilité aux marchés, stabilité financière et indépendance politique, des enjeux centraux pour la durabilité de la dette à long terme.

Conséquences économiques des niveaux élevés de dette

Les niveaux élevés de dette nationale peuvent entraîner une série de conséquences économiques significatives, affectant la stabilité financière, la croissance économique et la capacité d’un gouvernement à répondre aux crises futures. Lorsque la dette publique croît plus rapidement que l’économie, elle peut compromettre la durabilité budgétaire, réduire la croissance à long terme et limiter la marge de manœuvre politique. Ces effets sont amplifiés par les conditions macroéconomiques, les politiques monétaires et la structure de la dette elle-même.

Augmentation des taux d’intérêt et écrasement de l’investissement privé

Un des effets économiques les plus directs des niveaux élevés de dette est la pression à la hausse sur les taux d’intérêt. Lorsque le gouvernement emprunte massivement, il augmente la demande de fonds sur les marchés financiers, ce qui peut faire grimper les taux d’intérêt à long terme. Des études indiquent qu’une augmentation de 1 point de pourcentage du ratio dette/PIB peut entraîner une hausse des taux d’intérêt à long terme de 2 à 3 points de base [52][53]. Cette hausse des taux augmente le coût de l’emprunt non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour les ménages et les entreprises, rendant plus coûteux les crédits immobiliers, les prêts automobiles et le financement des entreprises.

Ce phénomène, connu sous le nom d’« écrasement de l’investissement privé » (crowding out), se produit lorsque l’emprunt public détourne les ressources financières disponibles de l’investissement productif privé. Moins de capitaux sont alors alloués à la création d’infrastructures, à l’innovation ou à l’expansion des entreprises, ce qui nuit à la productivité et à la croissance économique à long terme [54]. Ainsi, les dépenses publiques accrues peuvent se faire au détriment des investissements privés, limitant le potentiel de croissance de l’économie.

Coûts croissants des paiements d’intérêts

À mesure que la dette s’accumule, les paiements d’intérêts requis pour la service deviennent une part croissante du budget public. En 2024, les États-Unis ont dépensé environ 882 milliards de dollars en intérêts sur la dette nationale, soit une augmentation de 86 % par rapport à 2022 [32]. Ces coûts croissants consomment une part importante des recettes fiscales, réduisant ainsi les ressources disponibles pour des dépenses publiques essentielles comme l’éducation, les infrastructures, la santé et la recherche [56].

Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que les paiements d’intérêts deviendront l’un des postes de dépenses fédérales les plus dynamiques au cours des prochaines décennies, ce qui exacerbera encore les déficits et l’accumulation de dette [31]. Ce cercle vicieux — où la dette entraîne des coûts d’intérêt plus élevés, qui à leur tour nécessitent davantage d’emprunts — peut devenir auto-alimenté et menacer la viabilité budgétaire à long terme.

Ralentissement de la croissance économique

De nombreuses études empiriques montrent qu’un niveau élevé et persistant de dette publique est associé à une croissance économique plus faible. Lorsque le ratio dette/PIB dépasse 100 %, la croissance annuelle du PIB peut être réduite d’environ 0,7 à 0,8 point de pourcentage [58]. Chaque point supplémentaire de dette par rapport au PIB pourrait réduire la croissance de près de 3,3 points de base, principalement en raison d’une baisse de l’investissement privé et d’une moindre productivité.

Bien que certains débats subsistent sur l’existence d’un seuil précis (comme le seuil souvent cité de 90 % du PIB), le consensus général est que la dette élevée agit comme un frein à la croissance au fil du temps [59][60]. Cette stagnation économique peut avoir des effets durables sur les niveaux de revenu, les salaires et le bien-être général de la population.

Réduction de la marge de manœuvre budgétaire

Un niveau élevé de dette limite considérablement la capacité du gouvernement à réagir aux futures crises économiques, telles que les récessions, les pandémies ou les catastrophes naturelles. Avec une marge de manœuvre budgétaire réduite, les décideurs politiques peuvent être incapables de mettre en œuvre des mesures de relance ou de dépenses d’urgence sans aggraver davantage la situation de la dette [38]. Cette contrainte peut entraîner des réponses retardées ou inadéquates, aggravant les récessions économiques et augmentant les coûts à long terme [21].

Par exemple, pendant la pandémie de COVID-19, les gouvernements ont pu déployer de vastes mesures de soutien grâce à leur capacité d’emprunt. Cependant, si la dette était déjà à des niveaux insoutenables, une telle réponse aurait pu être impossible, exposant l’économie à des chocs encore plus sévères.

Risque accru de crise fiscale

Une trajectoire durable d’endettement croissant augmente le risque de crise fiscale, où les investisseurs perdent confiance dans la capacité du gouvernement à rembourser ses obligations. Cela pourrait déclencher une forte vente de titres du Trésor, provoquant une hausse soudaine des taux d’intérêt, une baisse des cours des actifs et un gel des marchés du crédit [63]. Une telle crise pourrait entraîner une récession profonde, une instabilité financière et même une perte du statut de monnaie de réserve internationale du dollar américain [63].

Des exemples historiques, comme les défauts répétés de la Grèce, illustrent comment une dette excessive et une dépendance au financement étranger peuvent conduire à une instabilité financière et à une contraction économique [65][66]. Même si les États-Unis n’ont pas encore connu une telle crise, les avertissements du Government Accountability Office (GAO) et du CBO soulignent que la trajectoire actuelle de la dette représente un risque systémique majeur.

Pressions inflationnistes

Lorsque la dette est financée par l’expansion monétaire — par exemple, lorsque la Réserve fédérale achète des obligations gouvernementales — cela peut contribuer à l’inflation. De plus, les niveaux élevés de dette peuvent inciter les gouvernements futurs à tolérer une inflation plus élevée afin de réduire la valeur réelle de leurs obligations [67]. En 2026, des inquiétudes ont été exprimées quant au fait que la dette élevée pourrait submerger la politique monétaire et contribuer à une inflation persistante [67].

Impact sur le niveau de vie

À long terme, les effets cumulés d’une dette élevée — croissance plus lente, impôts plus élevés, investissements publics réduits et options politiques limitées — peuvent entraîner une baisse du niveau de vie national. Les salaires peuvent stagner, les services publics être réduits, et les générations futures hériter d’une économie affaiblie [69]. Le CBO avertit que le fait de ne pas stabiliser la dette pourrait réduire de manière significative le bien-être économique à long terme [56].

En résumé, bien que des niveaux modérés de dette puissent être durables et même bénéfiques pendant les récessions, un endettement élevé et persistant comporte de sérieux risques pour la stabilité économique et la croissance. Ces risques incluent des coûts d’intérêt plus élevés, des taux d’intérêt plus élevés, une réduction de l’investissement privé, une croissance économique plus lente et un risque accru de crise fiscale. Une gestion responsable de la dette est essentielle pour préserver la marge de manœuvre budgétaire, maintenir la confiance des investisseurs et assurer la santé économique à long terme [71].

Rôle des institutions financières et des politiques monétaires

Les institutions financières et les politiques monétaires jouent un rôle central dans la gestion de la dette nationale, en influençant les conditions de financement, la durabilité de la dette et la stabilité macroéconomique. Des entités telles que la Réserve fédérale, la Banque du Japon et la Banque centrale européenne exercent une influence significative sur les taux d'intérêt, la liquidité des marchés et la confiance des investisseurs, ce qui affecte directement la capacité des gouvernements à emprunter à des coûts abordables. Ces institutions utilisent des outils comme l'assouplissement quantitatif et le contrôle de la courbe des taux pour stabiliser les marchés obligataires souverains et maintenir des taux d'emprunt bas, en particulier pendant les périodes de crise économique.

Rôle de la banque centrale dans la gestion de la dette

La banque centrale intervient directement dans la gestion de la dette nationale en achetant des titres du Trésor sur les marchés financiers. Par exemple, la Réserve fédérale a considérablement accru ses achats d'obligations du Trésor pendant la crise du COVID-19 et la crise financière de 2008, injectant des liquidités dans l'économie et maintenant des taux d'intérêt bas [72]. Ce type d'opération, connu sous le nom d'assouplissement quantitatif, permet de réduire les rendements obligataires et de faciliter le financement budgétaire. En 2025, la Réserve fédérale détenait près de 12,4 % de la dette américaine [73], un niveau qui soulève des questions sur l'indépendance de la banque centrale et le risque de domination budgétaire.

La Banque du Japon a également joué un rôle clé en adoptant le contrôle de la courbe des taux depuis 2016, en s'engageant à maintenir le rendement des obligations d'État japonaises à 10 ans autour de 0 %, avec une flexibilité accrue autorisant des rendements jusqu'à 1 % en 2023 [74]. Cette politique vise à contenir les coûts d'emprunt malgré un ratio dette/PIB dépassant 230 %, l'un des plus élevés au monde [75]. Historiquement, la Réserve fédérale a également utilisé le contrôle de la courbe des taux pendant la Seconde Guerre mondiale pour faciliter le financement de guerre à faible coût [76].

Risques pour l'indépendance de la banque centrale

L'interaction croissante entre la politique monétaire et la gestion de la dette soulève des préoccupations majeures quant à l'indépendance de la banque centrale. Lorsque les banques centrales achètent massivement des titres souverains, elles risquent d'être perçues comme finançant directement les déficits publics, un processus souvent qualifié de monétisation de la dette. Cette pratique peut compromettre la crédibilité de la politique monétaire et affaiblir la lutte contre l'inflation [77]. Des études montrent que la pression politique pour financer des dettes publiques croissantes peut miner l'indépendance institutionnelle, en particulier lorsque les ratios dette/PIB augmentent [78]. Le Fonds monétaire international insiste sur la nécessité de cadres institutionnels clairs qui séparent les autorités budgétaires et monétaires, tout en permettant une coordination transparente en période de crise [79].

Structure de l'échéance de la dette et gestion du refinancement

La structure d'échéance de la dette est un levier essentiel pour gérer les risques de refinancement. Un allongement de la durée moyenne de la dette réduit la fréquence des émissions obligataires et atténue la vulnérabilité aux variations des taux d'intérêt. En décembre 2025, la durée moyenne de la dette publique américaine était de 70 mois [80], mais environ un tiers de la dette, soit près de 9 000 milliards de dollars, doit être refinancé en 2026 [81]. Ce « mur de la dette » expose le gouvernement à des risques de liquidité si les conditions de marché se détériorent.

Les banques centrales et les premiers courtiers jouent un rôle crucial pour assurer un refinancement ordonné. Les premiers courtiers, désignés par la Réserve fédérale, sont tenus de participer aux enchères de titres du Trésor, garantissant une profondeur de marché et une découverte des prix efficace [82]. En période de volatilité, les banques centrales peuvent également intervenir via des opérations de pension (repo) pour fournir de la liquidité aux intermédiaires financiers et stabiliser les conditions de marché [83].

Influence des agences de notation sur les conditions d'emprunt

Les agences de notation telles que S&P Global, Moody’s et Fitch influencent fortement le coût de l'emprunt souverain en évaluant la solvabilité des États. Une dégradation de la notation, en particulier si elle entraîne la perte du statut de placement d'investissement, peut provoquer une hausse immédiate des rendements obligataires. En mai 2025, Moody’s a abaissé la notation souveraine des États-Unis à Aa1, ce qui a entraîné une brève hausse du rendement des obligations à 30 ans au-dessus de 5 % [84]. Cette réaction est amplifiée par des mécanismes de marché tels que l'exclusion automatique des obligations des indices obligataires, forçant les fonds passifs à vendre massivement [85].

Toutefois, l'impact d'une dégradation peut être atténué par la profondeur des marchés et la politique monétaire. Les obligations du Trésor restent un actif refuge très liquide, soutenu par une demande structurelle des banques centrales étrangères, des fonds de pension et des assureurs [86]. La Réserve fédérale peut également stabiliser les marchés par sa communication et ses interventions de bilan, limitant ainsi la volatilité des taux [87].

Rôle des institutions internationales dans la gouvernance de la dette

Des organisations telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale jouent un rôle important dans la gouvernance de la dette, en particulier pour les pays à faible revenu. Le cadre d'analyse de la soutenabilité de la dette (DSA) du FMI évalue les risques de surendettement et guide les politiques de restructuration [88]. Pour les pays à faible revenu, le FMI et la Banque mondiale administrent conjointement un cadre de soutenabilité de la dette qui conditionne l'accès aux financements concessionnels [89].

Ces institutions imposent souvent des conditions de politique économique, telles que des mesures d'austérité ou des réformes structurelles, en échange de prêts. Ces conditions soulèvent des préoccupations éthiques, notamment en ce qui concerne la souveraineté nationale et les droits humains [90]. Des critiques soulignent que ces programmes peuvent exacerber la pauvreté et l'inégalité, en particulier lorsqu'ils entraînent des réductions des dépenses publiques en santé et en éducation [91].

Enjeux de gouvernance et de discipline budgétaire

La gestion de la dette nationale soulève des enjeux fondamentaux de gouvernance et de discipline budgétaire, car les décisions budgétaires d'aujourd'hui déterminent la marge de manœuvre économique et politique des générations futures. Une faible discipline budgétaire, caractérisée par des déficits persistants et une absence de réforme structurelle, peut mener à une trajectoire de dette insoutenable, menaçant la stabilité macroéconomique et la crédibilité des institutions. À l'inverse, une gouvernance budgétaire efficace repose sur des institutions solides, des mécanismes de contrôle indépendants et une transparence accrue, permettant de concilier les besoins immédiats avec la durabilité à long terme [88].

Rôles des institutions de gouvernance budgétaire

Les institutions de gouvernance budgétaire varient selon les régimes politiques et les niveaux de développement économique, mais leur efficacité dépend largement de leur indépendance, de leur crédibilité et de leur capacité à influencer les décisions politiques. Dans les économies avancées, l'indépendance de la banque centrale est un pilier essentiel de la stabilité financière. Des institutions comme la Réserve fédérale ou la Banque centrale européenne exercent une influence directe sur la gestion de la dette en contrôlant les taux d'intérêt et en achetant des titres souverains dans le cadre de politiques non conventionnelles comme l'assouplissement quantitatif [93]. Toutefois, cette coordination entre politique monétaire et budgétaire soulève des préoccupations éthiques quant au risque de domination budgétaire, où la politique monétaire devient un instrument de financement des déficits [94].

Les règles budgétaires constituent un autre levier clé de discipline. Ces cadres légaux ou constitutionnels, tels que le pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne, imposent des limites aux déficits et à la dette publique. Leur efficacité est accrue lorsqu'elles sont accompagnées de mécanismes d'exécution et de suivi par des institutions indépendantes, comme les conseils budgétaires. Par exemple, la Suède et la Suisse ont mis en place des règles de dépenses liées à des cadres budgétaires à moyen terme, qui ont contribué à renforcer la transparence et la discipline fiscale [95]. Toutefois, dans de nombreux pays émergents, l'application de ces règles reste inégale, souvent compromise par des pressions politiques ou des chocs économiques [96].

Surveillance législative et pouvoir d'attribution

Le contrôle législatif joue un rôle central dans la gouvernance budgétaire, notamment dans les démocraties parlementaires et présidentielles. Aux États-Unis, le Congrès détient le « pouvoir d'attribution » constitutionnel, lui permettant d'autoriser les dépenses publiques et de fixer la limite d'endettement. Ce mécanisme, bien qu'important pour la responsabilité démocratique, peut aussi engendrer des impasses politiques, comme les crises répétées liées au plafond de la dette, qui menacent la stabilité financière et augmentent les coûts d'emprunt [97]. En revanche, dans des pays comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne, le parlement dispose d'un pouvoir de ratification formel, mais la discipline budgétaire est souvent renforcée par la discipline partisane et la coordination entre les pouvoirs exécutif et législatif [98].

La surveillance législative est particulièrement efficace lorsqu'elle est soutenue par des comités budgétaires spécialisés, un accès à des analyses indépendantes et une transparence accrue dans la publication des données de dette. Une étude de la Banque mondiale souligne que les pays dotés de mécanismes parlementaires robustes, comme le Canada ou les pays nordiques, affichent une meilleure maîtrise budgétaire et une plus grande résilience face aux chocs économiques [99].

Gestion de la structure d'échéance et risque de refinancement

La structure d'échéance de la dette, c'est-à-dire la répartition des obligations selon leur maturité, est un aspect crucial de la gestion budgétaire. Une forte concentration de dettes à court terme augmente le risque de refinancement, car le gouvernement doit fréquemment revenir sur les marchés pour émettre de nouvelles obligations. En 2026, environ un tiers de la dette américaine, soit près de 9 000 milliards de dollars, devait arriver à échéance, ce qui représentait un défi majeur en cas de tensions sur les marchés [81]. Une durée moyenne d'échéance plus longue, comme celle observée dans de nombreux pays avancés, réduit cette vulnérabilité et permet de verrouiller des taux d'intérêt plus bas.

Les banques centrales et les principaux intermédiaires financiers, comme les banques primaires désignées par la Réserve fédérale, facilitent le refinancement ordonné en participant aux enchères de titres du Trésor et en assurant la liquidité du marché [82]. Des outils comme le contrôle de la courbe des taux (YCC), utilisé par la Banque du Japon depuis 2016, permettent également de stabiliser les taux à long terme et de soutenir les conditions de financement [102].

Équilibre entre discipline et équité

Un défi majeur de la gouvernance budgétaire réside dans l'équilibre entre discipline financière et justice sociale. Les mesures d'austérité, souvent imposées pour réduire la dette, ont des conséquences sociales profondes et inéquitables. Au Royaume-Uni, les coupes budgétaires entre 2010 et 2019 ont été associées à environ 190 000 décès excédentaires, principalement parmi les populations vulnérables [103]. De même, en Argentine, les politiques d'austérité liées aux obligations de dette étrangère ont fait grimper le taux de pauvreté de 41,7 % à 52,9 % [104].

Les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sont souvent critiquées pour leurs conditions d'aide, qui imposent des réformes structurelles pouvant compromettre les droits économiques et sociaux. Human Rights Watch a mis en garde contre le fait que ces mesures d'austérité imposées par le FMI risquent de porter atteinte aux droits fondamentaux, notamment à la santé et à l'éducation [90]. Une politique budgétaire éthique doit donc protéger les investissements publics essentiels, renforcer les stabilisateurs automatiques et adopter une approche progressive de la consolidation budgétaire, en ciblant les recettes fiscales plutôt que les dépenses sociales [106].

Indicateurs de perception des marchés et crédibilité

Les marchés financiers surveillent étroitement les indicateurs de gouvernance pour évaluer la durabilité de la dette. La courbe des taux d'intérêt souverains reflète les attentes des investisseurs en matière de croissance, d'inflation et de risque de crédit. Une courbe inversée, où les taux à court terme dépassent ceux à long terme, est souvent interprétée comme un signe de récession imminente et de tensions budgétaires. En février 2026, les États-Unis et la zone euro ont connu certaines des inversions les plus marquées depuis des décennies, signalant une détérioration perçue des perspectives fiscales [107].

Les écarts de rendement (spreads) entre les obligations souveraines et les titres sans risque, comme les bons du Trésor américain, sont également des indicateurs clés de stress fiscal. Un élargissement des spreads signale une perte de confiance des investisseurs et augmente les coûts de refinancement. Les agences de notation comme Moody's ou Standard & Poor's influencent directement ces dynamiques : un abaissement de la note souveraine, comme celui effectué par Moody's sur les États-Unis en mai 2025, peut entraîner une hausse immédiate des rendements obligataires [84]. Toutefois, pour des économies à monnaie souveraine comme les États-Unis, la profondeur du marché obligataire et le statut de refuge sûr limitent l'impact de ces downgrades, grâce à une demande structurelle élevée [86].

Histoire et comparaisons internationales de la dette souveraine

L'histoire de la dette souveraine révèle des dynamiques récurrentes où les conflits armés, les crises économiques et les transformations institutionnelles ont profondément façonné les systèmes fiscaux modernes. Les grandes puissances économiques, notamment le Royaume-Uni et les États-Unis, ont vu leurs institutions financières évoluer en réponse aux besoins de financement des guerres, établissant ainsi les fondements des marchés obligataires et des banques centrales contemporains. Pendant la guerre de Neuf Ans (1688–1697), le Royaume-Uni a fait face à d'énormes pressions financières, ce qui a conduit à la création de la Banque d'Angleterre en 1694. Cette institution a permis au gouvernement britannique d'emprunter 1,2 million de livres sterling, établissant un précédent pour la dette nationale permanente et la gestion institutionnalisée de l'endettement [110]. Ce modèle a été consolidé durant la guerre de Succession d'Espagne (1701–1714), où la Grande-Bretagne a recours à des emprunts massifs, émettant des obligations négociables sur les marchés secondaires, renforçant ainsi la confiance des créanciers et la crédibilité financière du pays [111].

Au cours des guerres napoléoniennes (1803–1815), la dette nationale britannique a atteint environ 2,6 fois le revenu national en 1815, soulignant l'ampleur du financement de guerre [112]. Pour gérer cette charge, l'État a mis en place de nouveaux impôts sur le revenu, les biens et la consommation, tout en développant des instruments financiers à long terme comme les consols, des obligations perpétuelles. Ce système a consolidé l'idée d'un État fiscal-militaire, où la puissance militaire et la crédibilité financière s'auto-renforcent mutuellement [113]. La croissance de la dette a également renforcé la stabilité politique, car un nombre croissant de citoyens, en tant que créanciers, avaient un intérêt direct dans la stabilité du régime, favorisant ainsi le contrôle parlementaire des dépenses publiques [114].

Aux États-Unis, la guerre d'indépendance (1775–1783) a marqué le début de la dette nationale, avec l'émission de papier-monnaie et d'obligations pour financer l'effort de guerre. Cependant, l'instabilité financière initiale, marquée par l'hyperinflation et les défauts, a miné la confiance. Le tournant est intervenu en 1789 avec la Constitution et les réformes d'Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor, qui a proposé que le gouvernement fédéral assume les dettes des États et établisse un système de crédit crédible. Cette centralisation du pouvoir fiscal a jeté les bases d'une économie nationale unifiée [115]. Les conflits ultérieurs, comme la guerre de 1812, la guerre de Sécession et les guerres mondiales, ont systématiquement entraîné des expansions massives de l'endettement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le ratio dette/PIB des États-Unis est passé de 40 % en 1940 à plus de 100 % en 1946 [116]. Le Trésor des États-Unis et la Réserve fédérale ont coordonné leurs actions, avec la Fed maintenant des taux d'intérêt bas pour faciliter le financement, institutionnalisant ainsi le rôle de la politique monétaire dans la gestion de la dette [117]. Cet épisode a également vu la création du plafond de la dette en 1939, consolidant les autorisations d'emprunt antérieures en une limite législative unique [118].

Comparaisons internationales de la durabilité de la dette

Les comparaisons internationales mettent en lumière des modèles divergents de durabilité de la dette, où des facteurs politiques et institutionnels expliquent pourquoi certains pays, comme le Japon, supportent des niveaux extrêmement élevés de dette sans crise, tandis que d'autres, comme la Grèce ou l'Argentine, font face à des défauts malgré des ratios inférieurs. Le Japon affiche l'un des ratios dette/PIB les plus élevés au monde, dépassant 230 %, sans avoir connu de crise de dette souveraine [75]. Cette résilience s'explique par une combinaison unique de facteurs : une forte détention domestique de la dette (environ 88 %), avec la Banque du Japon détenant plus de 40 % des obligations du gouvernement (JGBs) dans le cadre de son programme d'assouplissement quantitatif et qualitatif (QQE) [18]. Cette structure protège le Japon des chocs de financement extérieur et de la fuite brutale de capitaux.

La coordination étroite entre la Banque du Japon et le ministère des Finances, bien que la première soit formellement indépendante, crée une symbiose fiscal-monétaire de facto. La politique de contrôle de la courbe des taux (YCC) a permis de maintenir les taux d'intérêt réels profondément négatifs pendant des décennies, limitant les coûts de service de la dette à environ 10 % du budget en 2024, malgré le niveau nominal élevé de la dette [121]. La stabilité politique, la crédibilité institutionnelle et l'absence d'antécédents de défaut renforcent la confiance des investisseurs domestiques, qui continuent d'acheter des obligations d'État malgré les rendements faibles [122]. Un facteur économique clé est la différence persistante entre le taux d'intérêt et la croissance (r < g), où la croissance nominale du PIB dépasse le coût de la dette, permettant une stabilisation du ratio dette/PIB [123].

En revanche, des pays comme la Grèce ont fait face à une crise malgré un ratio dette/PIB inférieur, en raison de la perte de souveraineté monétaire dans la zone euro, d'une forte dépendance aux créanciers étrangers et d'une faible efficacité administrative [124]. L'Argentine, avec neuf défauts depuis 1827, illustre comment la faiblesse institutionnelle, la perte de crédibilité de la banque centrale et la dépendance à l'égard des emprunts en devises étrangères rendent les pays vulnérables aux crises, même avec des niveaux de dette modérés [125]. Ces cas démontrent que la durabilité de la dette dépend moins du ratio dette/PIB que de la structure de la dette, de la stabilité politique, de la crédibilité des institutions et de la capacité de la banque centrale à stabiliser les marchés.

Évolution des crises récentes et des politiques de relance

Les grandes crises économiques récentes, notamment la crise financière de 2008 et la pandémie de COVID-19, ont marqué des tournants dans la politique économique, caractérisés par des interventions fiscales massives et sans précédent. La crise de 2008 a vu le déficit budgétaire des États-Unis bondir à 438 milliards de dollars en 2008, et la dette nationale atteindre 10,3 billions de dollars [126]. La réponse politique a été la mise en place du programme de secours aux actifs en difficulté (TARP) de 700 milliards de dollars et de la loi de relance et de réinvestissement américain (ARRA) de 840 milliards de dollars, reflétant un consensus croissant sur l'importance de l'intervention budgétaire pour stabiliser l'économie [127]. Cette crise a également mis en évidence l'influence croissante des facteurs de l'économie politique, tels que la polarisation politique et les pressions démographiques, sur les tendances de la dette à long terme [128].

La réponse à la pandémie de COVID-19 a représenté un bond quantique dans l'ampleur et la rapidité de l'endettement. La dette fédérale des États-Unis est passée de 79 % du PIB en 2019 à 97 % en 2022, avec environ 5,6 billions de dollars de mesures de relance, faisant passer la dette totale à 24,3 billions de dollars [129]. Contrairement à 2008, la réponse a priorisé les paiements directs aux ménages, l'expansion des allocations chômage et les programmes de protection de la paie, reflétant la nécessité de soutenir la demande pendant un choc d'offre [130]. La rapidité de la mise en œuvre, avec des lois adoptées en quelques semaines, a démontré une capacité institutionnelle accrue. La Réserve fédérale a joué un rôle complémentaire en maintenant une politique monétaire accommodante et en achetant des obligations du Trésor, ce qui a efficacement monétisé les déficits et maintenu les coûts d'emprunt bas [131].

Ces épisodes contrastent avec la Grande Dépression (1929–1939), où la réponse budgétaire a été initialement limitée par le conservatisme fiscal, avant l'adoption progressive du New Deal dans les années 1930 [132]. La crise de 2008 et la pandémie de 2020 illustrent une évolution vers une intervention budgétaire proactive et massive, intégrant plus étroitement la politique budgétaire et monétaire, bien que cela soulève des questions persistantes sur la durabilité de la dette à long terme [131].

Leçons historiques pour la gestion de la dette

Les leçons tirées des réductions historiques de la dette, comme celles après la Seconde Guerre mondiale, sont instructives mais difficiles à reproduire dans le contexte actuel. Aux États-Unis, le ratio dette/PIB est passé de 106 % en 1946 à environ 23 % dans les années 1970, principalement grâce à une forte croissance économique, à une inflation modérée et à une réduction drastique des dépenses de défense après la démobilisation [134]. La croissance du PIB réel a dépassé 4 % par an, et la Réserve fédérale a maintenu des taux d'intérêt bas par un contrôle de la courbe des taux jusqu'en 1951, réduisant ainsi les coûts de service de la dette [135]. Cependant, ce modèle repose sur des conditions historiques uniques : une croissance potentielle élevée, une démobilisation massive, et une répression financière qui sont absentes aujourd'hui.

Le cas du Japon dans les années 1990 illustre les risques de la relance budgétaire prolongée sans réforme structurelle. Après l'éclatement de la bulle spéculative, le Japon a mis en œuvre de vastes programmes de relance, faisant passer le ratio dette/PIB de 60 % en 1990 à plus de 100 %, et maintenant aujourd'hui au-delà de 250 % [136]. Les tentatives d'austérité ont conduit à des récessions, aggravant la dette, ce qui montre que, dans un environnement de croissance faible, la consolidation budgétaire sans réformes pour stimuler la productivité peut être contre-productive [137]. En revanche, le succès de la Jamaïque dans la réduction de sa dette de 144 % du PIB en 2013 à 72 % en 2023, grâce à des excédents budgétaires primaires soutenus, à un cadre de responsabilité fiscale bien conçu et à un partenariat social large, démontre qu'une consolidation durable est possible avec des institutions fortes et une réforme inclusive [138]. Ces leçons soulignent que la gestion durable de la dette aujourd'hui nécessite une approche multidimensionnelle combinant discipline budgétaire, réformes structurelles, renforcement institutionnel et gouvernance inclusive, plutôt que de compter uniquement sur la croissance ou l'austérité [139].

Justice intergénérationnelle et dimensions éthiques de l'endettement

La dette nationale soulève des enjeux profonds de justice intergénérationnelle, touchant aux obligations morales des générations présentes envers celles à venir. Lorsque les gouvernements empruntent massivement pour financer des dépenses courantes ou des réductions d'impôts sans contrepartie d'investissement productif, ils transfèrent potentiellement des fardeaux financiers à des citoyens qui n'ont pas participé aux décisions budgétaires. Ce transfert intertemporel de coûts constitue une forme d'injustice lorsque les bénéfices de l'endettement sont captés par les générations actuelles, tandis que les coûts – sous forme d'intérêts, de remboursements ou de coupes budgétaires – incombent aux générations futures. Le ratio dette/PIB, qui dépassait 118 % du PIB américain en 2025, illustre l'ampleur de ce défi, car un niveau élevé de dette limite la marge de manœuvre des gouvernements futurs pour répondre aux crises économiques, investir dans l'éducation ou financer la transition écologique [140].

Mécanismes du transfert intergénérationnel et responsabilité éthique

Le fardeau de la dette est transmis aux générations futures par plusieurs canaux économiques. Les paiements d'intérêts sur la dette, qui ont atteint 882 milliards de dollars en 2024 aux États-Unis, absorbent une part croissante des recettes publiques, réduisant les ressources disponibles pour des dépenses productives comme l'infrastructure ou la recherche. Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que ces coûts d'intérêt pourraient atteindre 6,3 % du PIB d'ici 2054, ce qui compromettrait l'investissement public futur [141]. De plus, si les taux d'intérêt dépassent le taux de croissance économique (r > g), la dette devient de plus en plus difficile à gérer, augmentant la probabilité que les générations futures soient confrontées à des hausses d'impôts ou à des réductions de services publics. Cette dynamique soulève une question éthique fondamentale : les gouvernements actuels ont-ils le droit moral d'engager des dépenses qui imposent des contraintes budgétaires à des citoyens non nés ? Les principes de justice intergénérationnelle exigent une forme de stewardship, où chaque génération agit comme un gardien des ressources et des institutions pour les générations suivantes [142].

Distinction entre emprunt productif et non productif

Tout endettement n'est pas moralement équivalent. L'emprunt utilisé pour financer des investissements à haut rendement – tels que l'énergie propre, l'éducation, ou les technologies médicales – peut être justifié sur le plan éthique, car il augmente la capacité productive de l'économie future. Ces investissements peuvent générer des retombées positives qui dépassent le coût de la dette, améliorant ainsi le bien-être des générations à venir. En revanche, l'emprunt pour financer la consommation courante ou des baisses d'impôts bénéficiant principalement aux ménages aisés représente un transfert net de richesse vers le présent, au détriment du futur. Ce type d'endettement est souvent qualifié d'injuste, car il exploite les générations futures sans leur offrir de contrepartie équitable [143]. La distinction entre dépenses courantes et investissements publics est donc cruciale pour évaluer l'équité intergénérationnelle des politiques budgétaires.

Comptabilité générationnelle et évaluation des déséquilibres

Pour mesurer objectivement les transferts intergénérationnels, les économistes utilisent la comptabilité générationnelle, une méthode qui calcule la valeur actualisée nette des impôts payés et des transferts reçus tout au long de la vie de chaque cohorte. Cette approche révèle que les politiques budgétaires actuelles aux États-Unis imposent des charges fiscales nettes plus lourdes aux jeunes générations, comme les millennials et la génération Z, pour financer des prestations sociales destinées aux aînés [144]. Ce déséquilibre est exacerbé par le vieillissement de la population et la montée en puissance des programmes comme Sécurité sociale et Medicare, dont les coûts croissants sont financés par des emprunts. La comptabilité générationnelle montre que les règles budgétaires traditionnelles, centrées sur le déficit annuel, masquent ces déséquilibres structurels et intergénérationnels, rendant nécessaire l'adoption de cadres plus complets pour évaluer la durabilité fiscale [145].

Cadres politiques pour une gestion équitable de la dette

Assurer une justice intergénérationnelle dans la gestion de la dette exige des cadres politiques institutionnalisés. Les réègles budgétaires, comme le frein à l'endettement allemand (Schuldenbremse), peuvent promouvoir la discipline en limitant les déficits structurels, mais elles doivent intégrer des clauses d'échappatoire pour permettre des investissements publics contre-cycliques. Les conseils budgétaires indépendants, tels que le Congressional Budget Office aux États-Unis, jouent un rôle clé en fournissant des analyses non partisanes et en renforçant la transparence. Des mécanismes comme les déclarations d'impact intergénérationnel ou les ombudsmans des générations futures, proposés au niveau international, pourraient donner une voix aux intérêts non représentés dans les processus démocratiques. Enfin, des réformes fiscales axées sur l'équité, comme une taxe sur la fortune, pourraient réduire la dépendance à l'égard de l'impôt sur le travail des générations futures et corriger les déséquilibres de richesse qui accompagnent souvent l'accumulation de la dette [146]. La Déclaration des Nations Unies sur les générations futures de 2024 souligne l'importance croissante de ces obligations morales dans la gouvernance mondiale [147].

Dimensions globales et justice climatique

Les dimensions éthiques de l'endettement s'étendent au-delà des frontières nationales. Dans les pays à faible revenu, les obligations de service de la dette sont souvent en monnaie étrangère, ce qui les rend vulnérables aux variations des taux d'intérêt mondiaux et aux fluctuations des changes. Les programmes d'ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international (FMI) ont historiquement conduit à des coupes dans les dépenses de santé et d'éducation, compromettant le développement humain et la justice sociale [90]. Sur le plan climatique, les pays les plus vulnérables au changement climatique, souvent endettés, doivent emprunter pour financer leur adaptation, bien que les émissions historiques responsables du problème proviennent principalement des pays industrialisés. Les mouvements pour la justice climatique et la justice de la dette, comme Debt Justice, appellent à une annulation de la dette pour libérer des ressources en faveur de l'adaptation au changement climatique et du développement humain, intégrant ainsi la justice intergénérationnelle dans un cadre de solidarité mondiale [149].

Références